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Body, Mind, Spirit and Time. Part Three: The Stuff of Dreams

Body, Mind, Spirit & Time

Part Three: The Stuff of Dreams

Trust in dreams, for in them is the hidden gate to eternity.” Khalil Gibran

“Are you sure/That we are awake? It seems to me/That yet we sleep, we dream.”

William Shakespeare, A Midsummer Night’s Dream

“We are such stuff/As dreams are made on; and our little life/Is rounded with a sleep.”

William Shakespeare, The Tempest

THERE is often the ‘new’ analogy of the brain being like a TV – picking up signals and turning them into sight and sound – or ‘reality’. The brain not creating consciousness but rather making consciousness manifest. So, the argument goes, when we die the TV might get turned off but the signal is still being beamed…with the idea of what we are and have been remaining intact. But initial thought: when you turn off the TV its ‘reality’ DOES disappear and this is the only reality by which we know and love ‘the box’. Those signals of Coronation Street or whatever is currently popular (I DON’T watch British TV!) – might still be floating through the ether – but…well…as far as we’re concerned they might as well be non-existent. Is ‘reality’ for us only viewed on a screen (our manifest consciousness)?

There are tiny tubes in the brain – microtubules of the brain cell – where quantum consciousness might exist (see the ORCH-OR model)…and might escape at death but are there other little brain tubes somewhere else they can migrate to? Does consciousness dissipate into the GREAT WIDE UNIVERSE – O it sounds so poetic but that’s surely not much solace to I, ME, YOU. We only seem to come alive when the TV is turned on. And interestingly – the TV takes time to ‘tune in’ too…in the old days it was called ‘warming up’…or in human terms, learning to understand, speak and develop language and thought.

What if we had a whole bank of TVs – like those in electrical appliance shops? Only not just say twenty or thirty screens all playing the same soap but an infinite number and each with a unique picture! The idea being that when we die (blank screen) we ‘migrate’ to another television. Not so much jumping ships as switching screens…but in this parallel universe there is also another ‘us’ too – isn’t there? Do we jump just as another TV is turned on…do we inhabit the same consciousness (in some form)…as a looker-in (Anthony Peake’s idea of The Daemon perhaps)? Do we jump in at a moment that the TV ‘loses its signal’ and we take the place of another ‘us’ – an ‘us’ that, presumably, will in an ‘infinity of opportunity’ also jump into another TV? Synchronised (and perhaps infinite) swapping of screens! And why aren’t we aware of our close, close other ‘us’s – or are we, indeed, subtly aware?

During a near-death experience we might argue that the quantum information held in the microtubules dissipates…when the person is revived they recall their ‘experience’. Now here’s an interesting dichotomy: if the dissipation is extreme then can the information subsequently coalesce? Even if it isn’t extreme what bonds it together. Can it dissipate as a ‘body’ of information – and therefore would that be dissipation at all? There are maybe two possible outcomes here: at death we dissipate into the UNIVERSAL CONSCIOUSNESS for want of a better name and effectively cease to exist – or we maintain a sense of ourselves – though God knows what that existence would be! Would space and time cease to exist for us, or would we enter an infinite dream-state? After all in dreams where there is no space or time except in the ‘reality’ of those dreams – we perceive that state to be, well, ‘real’. Consciousness has created a second reality. We are lying asleep hardly moving – and yet we are alive in our dreams…and only when waking do we acknowledge the previous ‘reality’ as dream state.

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Is this dream state another beamed consciousness or is it a created ‘reality’ from the first beamed consciousness – rather like many imagine (along with current mainstream scientific thought) that our brain creates consciousness. If the first beamed consciousness can create a second consciousness then that would put it on a level with the initial creative force – whatever it is that does the ‘beaming’. If the second consciousness (dream state) is also beamed – then what is stopping the brain having multiple consciousnesses (as in multiple personalities), which can exist in some folk? And if our mind – which is a beamed consciousness – can create a second consciousness…then why can’t that reflected ‘reality’ create further ‘realities’ too – dreams within dreams within dreams?

And we carry dreams (this other ‘reality’) with us, within us, don’t we…I can recall last night’s dream and a dream from last week (which seemed to be predictive); so one reality has a memory of another reality. In dream-state do we also share this reflective quality? Are we the stuff of dreams – are we the expression of some greater power, intelligence? When we die will we fall awake and pass through the ‘hidden’ gate to eternity? We shall see. We can only dream.

 

  • By Tim Bragg
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Le bébé

J’ai sûrement joué un rôle dans toute cette histoire. C’est la première chose à dire pour que tout soit bien clair. Et si j’avais pu prévoir comment tout ceci finirait… je ne me serais sûrement pas laissé embarquer… pas laissé prendre à cette foutue mascarade. Mais lorsque j’ai rencontré Michael, mon innocence était tout aussi parfaite que celle dont il ferait preuve plus tard.La deuxième chose – pertinente – qu’il faut savoir dès maintenant, c’est que ma compagne et moi venions d’avoir un bébé. Un garçon mignon comme tout. Enfin, comme tous les bébés, n’est-ce pas ? Et le nôtre était au moins aussi mignon que vous l’imaginez. C’était en tout cas l’avis des sages-femmes de l’hôpital… et de ses grands-parents.C’est comme tout, dans la vie, c’est en quelque sorte la réunion de deux choses qui donne naissance à une troisième. En fait, Michael était un ami d’enfance qui avait perdu en grandissant toutes ses illusions sur la vie. Vous savez…

Il avait coutume de commencer ses phrases par « Je me fous de tout ça… », par exemple « Je me fous des politiciens…»

Et moi de l’interrompre : « Mais oui ».

« Je me fous des hommes d’affaires, ils n’ont aucune culture et ne cessent d’essayer pathétiquement d’en importer, comme les Nazis qui pillaient les galeries d’art… »

Ma réponse : « Mais de quoi tu parles ? »

« Les politiciens disent une chose, en font une autre, hypothétiquement chargés de l’éducation, miction, masturbation », pure provocation de sa part. « Et puis il y a ces espèces de foutues entreprises qui embauchent des soi-disant artistes pour couvrir leurs foutus murs de peintures ou pour réciter des vers de mirliton comme si la seule présence de l’art autour d’eux allait donner un sens à leur existence. Ah oui, et puis le ministre de la culture – quel que soit le terme à la mode en ce moment – lui peut déblatérer sur tout et rien, nier le « nivellement par le bas », pour utiliser cette saloperie de langue de bois, sans oublier de rappeler cette masturbation collective à laquelle nous nous livrons tous… »

« Tu es forcé d’être aussi cynique ? C’est la seule façon de t’exprimer ? »

« Qu’est-ce que tu entends par là ? »

Bien sûr, il était blessé par ce genre de remarque. Et du coup, il renchérissait…

« Mais c’est vrai que tout va bien pour toi. Tu as une femme. Tu as une maison. Un travail. Une voiture. Tu n’as pas l’air affecté par le fait que l’Occident se délite sous tes pieds. »

« Et pourtant si. »

« Alors tu dois bien être d’accord avec moi. »

« À propos de quoi ? »

« À propos de toute cette hypocrisie ! À propos de cette petitesse. À propos de l’étroitesse d’esprit de ces gens qui ne font rien d’autre que d’épousseter leurs pathétiques petits bibelots et de balayer la poussière sous leurs divans à fleurs… »

Et ainsi de suite…

Je m’attendais à une réaction très négative quand je lui avais annoncé pour le bébé. Jusqu’à quelques jours avant la naissance, Michael était resté à l’écart. C’était devenu une blague entre ma compagne et moi. Nous n’étions pas mariés, bien sûr, et cela l’agaçait. C’était drôle. De plus, notre maison n’était pas assez grande pour accueillir un enfant – du moins c’est ce qu’il pensait, comme s’il s’agissait d’un chien – et pourtant, il nous enviait. Cela nous faisait rire. Mais nous avions de la peine pour lui qui se sentait impuissant face à ce qu’il considérait comme « l’état lamentable du monde ». Un soir d’hiver, nous l’avions trouvé, tout seul, dehors, debout sous un lampadaire. Nous avions ralenti (nous rentrions juste de l’hôpital en voiture) et j’étais sur le point de lui proposer de le déposer chez lui. Mais il ne nous avait pas vus ; il semblait ne se rendre compte de rien ; il avait l’air extrêmement et désespérément saoul. Ou du moins c’est ce que nous pensions. Helen m’avait dit d’accélérer ; de s’éloigner ; cela lui faisait froid dans le dos. Mais sa seule vue avait dû me faire une forte impression parce que je le revois encore maintenant tel qu’il était alors. Même après toutes ces choses dont j’ai été témoin.

Cette nuit où nous l’avions vu seul, il s’était mis à pleuvoir au moment où nous avions tourné dans notre rue. Cela nous avait ensuite pris quelques minutes pour garer notre Ford cabossée dans une petite place. Mais c’était plus sûr de la laisser là que dans l’autre rue où des vandales s’amusaient à briser les pare-brises et les rétroviseurs. Nous nous étions rués hors de la voiture dans l’allée et précipités dans l’escalier étroit.

Helen s’était goinfrée de pâte à tartiner au chocolat tandis que j’ouvrais une bouteille de vin.

« Je me fais vraiment du souci pour Michael », lui dis-je.

Elle bredouilla : « Il faudra bien qu’il se débrouille tout seul, tu sais. Tu ne pourras pas le materner toute sa vie… »

« Qu’est-ce que tu veux dire ? »

« Tu prends toujours soin de lui, tu ne vois pas à quel point il compte sur toi ? »

« Tu crois ? », lui demandai-je innocemment.

« C’est évident. »

« Cela se voit tant que ça ? »

« Regarde son attitude en ce moment » dit-elle.

« Il est souvent comme ça. »

« Comme ce soir ? Je t’en prie… il va bien falloir qu’il fasse attention, sinon il va se faire une réputation. »

« C’est déjà fait », plaisantai-je.

« Sérieusement », dit-elle, sérieuse.

Helen se faufila jusqu’au salon entre les piles de magazines parsemant le tapis et les modèles réduits à moitié finis de magnifiques motos japonaises étalés sur la table basse, et elle ajouta : « C’est un grand bébé ».

Je regardais son ventre distendu – énorme. Notre bébé était là-dedans. Les visites de Michael s’étaient raréfiées à mesure que le ventre d’Helen s’était agrandi.

« Je suis sûre qu’il est jaloux », continua-t-elle.

« Je ne crois pas. »

« Oh, moi j’en suis sûre », déclara-t-elle entre deux bouchées de chocolat.

« Je pense juste qu’il est déprimé », soutins-je.

« Peut-être », dit-elle sans conviction.

« Tu sais bien comment il parle de tout. »

« Oui. »

« C’est pour ça qu’il est déprimé », avançai-je.

« Il est déprimé parce que personne ne le supporte à la longue, voilà pourquoi ; apparemment, tu es le seul à en être capable. Il se raccroche à toi parce qu’il n’a personne d’autre. »

« Tu es injuste. »

Bien sûr je sais maintenant qu’elle n’était absolument pas injuste. Michael nous avait rendu une dernière visite avant la naissance du bébé. Ni Helen ni moi n’avions parlé de l’état dans lequel nous l’avions vu quelques semaines auparavant, debout sous la pluie. Lorsqu’Helen partit faire du thé, il m’avait fait signe de me rapprocher. « J’ai fait un rêve cette nuit », avait-t-il dit. Je dois bien admettre que, comme tout le monde, je ne voyais aucun intérêt à écouter le rêve d’un autre, mais c’était Michael et il me faisait pitié.

Il commença :

« C’était dans une sorte de jungle, tu sais… il y avait énormément de végétation et j’agitais les bras pour me frayer un chemin. Il faisait chaud. C’est une sensation peu commune dans un rêve, non ? Mais je peux affirmer sans l’ombre d’un doute qu’il faisait chaud. Puis je suis soudain arrivé dans une clairière et, devant moi, il y avait un cours d’eau, parsemé de bulles, comme s’il était en ébullition… le ciel était d’un bleu lumineux et je me rappelle avoir pensé que cela me rappelait l’un de ces films en Technicolor, tu te souviens ? C’était comme si tout était animé, un grand dessin animé. Et je sentais vraiment que j’étais là-bas, et non pas dans un rêve. Et puis j’ai baissé les yeux pour regarder le rivage et j’ai vu ces plantes, bien épaisses et bien vertes ; mais ce n’est pas ça qui était étrange. Ce qui était vraiment incroyable, c’était les fruits à l’intérieur de ces feuilles. C’était comme des pommes ou des poires, vous savez, mais six à sept fois plus grosses que d’ordinaire. Je les revois encore maintenant… la peau de ces fruits était élastique et brillante, et leur chair, épaisse et juteuse. Je m’étais penché pour les voir de près.

« Sous la peau, j’arrivais tout juste à distinguer les traits de ce qui semblait être un visage, qui se pressait contre la surface. Ensuite, le fruit a retrouvé sa forme originale. En les regardant tous, je pouvais voir en chacun d’eux des visages se presser constamment sous leur surface, comme s’il s’agissait d’un moule en plastique souple, qui se remplissait et se vidait tour à tour dans une usine atroce. J’ai arraché l’un de ces fruits à son épaisse tige brune, mais il s’est immédiatement flétri dans mes mains comme un vieux ballon ; ratatiné en un amas de pâte visqueuse. J’en ai pris un autre avec précaution et cette fois j’ai placé mes mains autour de lui en faisant attention et j’ai tiré doucement sur la tige. À travers la fine peau verte et rouge, translucide, je pouvais voir les contours des yeux, du nez et de la bouche. Au début, c’était comme si le fruit ne voulait pas céder, mais alors que le visage avait momentanément disparu, il s’était libéré et pesait lourdement dans ma main et dans mes bras.

Je ressentais toujours, partout autour de moi, une chaleur palpitante alors que j’étais transporté dans une vallée, de la façon étrange propre aux rêves. D’un côté de la vallée, il y avait un gigantesque animal à six pattes taillé dans des champs verdoyants. À mes pieds gisait le fruit. Alors que je regardais d’en haut, les traits d’un visage se sont pressés fortement contre la peau, comme si cette dernière était sur le point de se déchirer. Je me suis accroupi et enroulé autour de cette pomme géante dont la peau et la chair ont éclaté et été projetées contre ma peau nue. Car j’étais nu désormais. Dieu seul sait comment… mais je sentais cette chair humide contre la mienne. J’ai passé la main entre mes jambes, j’ai touché la pulpe du fruit, ses graines aussi grandes que des amandes, et alors – et cette partie du rêve n’a cessé de me hanter depuis – j’ai senti un visage, une tête. Je la sentais vivre et respirer contre mon corps. Je sentais une tête, libre, expirer de l’air près de mon ventre. »

Le silence retomba. « Et ? » lui demandai-je. À cet instant, j’étais suspendu au rêve de cet homme étrange.

Il me jeta un regard désabusé – avec un air fragile et sans défense.

« Et ? » répétai-je.

« Je me suis réveillé. »

« Tu t’es réveillé ? »

« Bien sûr », sourit-il.

Helen revint avec le thé. « Du lait ? » demanda-t-elle.

J’avais parlé du rêve à Helen. Je me souvenais parfaitement de tout. Ce rêve m’avait vraiment secoué. Helen le trouva idiot. Mais je la pressai de me donner son avis. Michael était parti plus tôt mais j’avais continué à la tanner. Je voyais encore la mine innocente de Michael. Il y avait quelque chose de bizarre chez lui, dans son apparence, quelque chose brillait dans ses yeux. Helen trouvait qu’il avait l’air simplet. Elle dit que son rêve était totalement Freudien et qu’il était facile de l’expliquer. Je lui demandai comment, et elle répondit : « Eh bien cela montre à quel point il est obsédé par sa mère. »

« Et comment en es-tu arrivée à cette conclusion ? » lui demandai-je.

« Si je dois tout t’expliquer… », s’agaça-t-elle. Et ce fut tout.

Helen s’arrondit davantage. La veille de son entrée à la maternité, je scrutais son ventre pour voir si un visage apparaitrait. J’étais stupide. Mais le rêve de Michael s’était faufilé au plus profond de mon subconscient et s’était ensuite infiltré dans mon esprit. C’était un rêve de naissance ou presque, et j’étais l’archétype du futur père angoissé.

Mais cette histoire commence en réalité après qu’Hélène avait donné naissance à notre fils. Parce que peu de temps après son retour de la maternité, Michael avait commencé à nous téléphoner. Il avait commencé à manifester un vif intérêt pour tout ce qui concernait le bébé.

Il disait tout le temps :

« Il est si innocent. Tu ne crois pas ? Si innocent, immaculé, pas encore contaminé par le monde. Regarde son visage. Regarde son visage. Son esprit – tabula rasa. Magnifique. Un temple qui attend d’être orné des joyaux du savoir. Grandiose. Regarde ses jolis membres. Aucune absurdité dans ce petit corps ; pas d’imbécilités empoisonnées, pas de baratin politique, aucun air ridicule de la brigade de la mode. Pas de sermons moralisateurs pour polluer ses pensées… »

« Et pourtant… »

« Non, jamais, il est si innocent. Innocent. »

À quoi Helen répondait : « Oui, il est innocent, Michael, et c’est beau, mais il doit aussi grandir ». Il a encore tout à apprendre sur le monde… ».

« Mais le monde n’est pas beau… »

« Pas nécessairement » rétorquait Helen.

« Oh si, c’est certain… »

« Tu ne peux pas avoir de pareilles idées et envisager d’avoir des enfants ; avoir des enfants est un acte suprême d’optimisme » continuait Helen. Il faut être convaincu que le monde peut évoluer, changer en mieux… »

« Jamais », disait Michael. « Le monde est corrompu. Totalement. Mais cet enfant est innocent. »

Peut-être que nous aurions pu, que « moi », j’aurais pu voir les signes. Mais nous étions tout pénétrés de notre petit bébé. En fait, nous étions tous les deux agréablement surpris que Michael montrât un tel intérêt pour le bébé. Il n’hésitait même pas à nous donner un coup de main. Alors pourquoi pas. En fait, il avait développé une véritable obsession. Et je suppose que si toutes ses attentions pour le bébé n’avaient pas commencé à m’ennuyer, les choses ne se seraient peut-être pas terminées ainsi. Si j’avais laissé Michael gâter mon fils et lui consacrer tout son temps libre, eh bien… Cela n’aurait pas fait beaucoup de mal, si ? Mais le bébé était trop petit pour être gâté. Il aurait tout pris, comme le font les bébés. Et n’était-ce pas le but ? N’était-ce pas bel et bien cela le « déclencheur », comme j’aime à l’appeler ? Michael pouvait appeler constamment, perdre son temps avec notre fils et le couvrir de cadeaux, et l’instant d’après… plus rien. Un silence horrible.

Mais Michael avait appris bien des choses. Voyez-vous, il fallait le connaitre pour le juger – s’il y a besoin de le juger. On était comme happé par son apparence. Avec ses cheveux coupés court, ses grands yeux ronds soulignés par des lunettes… on lui aurait pardonné toutes ses diatribes sur la politique. Non pas qu’il en eut fait depuis longtemps. En somme, Michael avait changé. Michael avait commencé à parler des bébés et de leur innocence au lieu de faire ses discours sur la corruption omniprésente. Il ne se ressemblait plus du tout au moment où je nous avons eu notre petite conversation. Au moment où, en fait, j’aurais mieux fait de garder le silence.

Je ne peux pas en faire porter l’entière responsabilité à Helen, mais elle m’avait vraiment poussé à lui parler. Seulement je voyais bien qu’elle se faisait déposséder de sa place auprès du bébé. Michael l’emportait. Bien sûr, ce devrait être une discussion posée, et c’est tout ce que ça aurait dû être. Mais la réaction de Michael fut trop excessive. C’était sa personnalité, je suppose. Sa façon de réagir.

Le problème avec moi, c’est que j’étais incapable de le laisser disparaitre tout simplement. Et bien sûr, il le savait. Maintenant, je le sais. Mais je me suis toujours senti comme responsable vis-à-vis de lui, lui si vulnérable, dans son apparence comme dans ses paroles. Même lorsqu’il déblatère sur le monde et tous ses péchés, on peut voir qu’il est profondément touché par tout cela. Il est blessé par les politiciens, blessé par les médias, blessé par les tragédies de la vie. Peut-être aurais-je pu trouver une meilleure façon de gérer le temps qu’il passait avec le bébé. Peut-être aurais-je pu les aider, lui et Helen, à mieux communiquer. Mais je ne l’ai pas fait.

J’ai fini par aller rendre visite à Michael – ce que je ne faisais jamais d’ordinaire car je détestais l’endroit où il vivait. Je lui donnais des excuses – pas le temps, trop de travail – mais c’était bien des excuses. Il ne vivait pas si loin que cela. C’était un dimanche. Le bébé pleurait et Helen s’était plainte que je passais trop de temps avec mes modèles réduits (activité qu’elle jugeait puérile) et pas assez avec notre enfant. Je ne plaidai même pas ma cause. Je fis ce qu’on me demandait. J’adorais faire des choses pour se petit être sans défense. J’adorais répondre à chacune des expressions de son visage. En fait, ce petit despote régnait sur moi. J’étais si grand, et lui si petit, mais intellectuellement, il l’emportait sur moi. Vous voyez ce que je veux dire ?

Au moment de partir, je n’ai pas dit à Helen où j’allais. Vous imaginez sans peine les problèmes que cela aurait engendré. C’était de la duplicité, bien sûr, mais bon, nous n’étions pas mariés. Dehors, le vent soufflait assez fort pour faire voler dans l’air sombre tous les déchets de la ville. Comme d’ordinaire pour un dimanche, j’ai croisé très peu de monde. Alors que je marchais entre les rangées de boutiques, les seuls signes perceptibles de présence humaine étaient les silhouettes évanescentes de jeunes gens – eux et quelques vieux Asiatiques devisant assis sur des bancs en métal écaillés.

Le vent me dérangeait. Le fait que Michael ait disparu de nos vies (après en avoir eu si efficacement le monopole) m’ennuyait. Le fait que je sois en train de marcher seul dans un vent sale dans un quartier sale de la ville m’ennuyait. Et je sentais en moi bouillonner du ressentiment contre Helen. Mais je commençais également à me rappeler le rêve que Michael m’avait raconté en détail. Et, vous savez, de manière étrange, ce rêve me réconfortait. Très souvent, je m’imaginais voir la tête d’ours, le visage fraichement rasé de Michael se tourner vers moi et me sourire – je m’imaginais voir son reflet dans la vitrine d’une boutique à l’abandon ou dans la vitre non brisée d’un abribus. Et je sentais aussi sa présence en quelque sorte.

Michael n’aimait pas vivre dans cette partie désaffectée de la ville. Mais il ne travaillait pas. Il n’aimait pas être sans emploi. Mais il ne se présentait pas à des entretiens d’embauche. Il avait été convoqué dans les bureaux de la sécurité sociale pour une « conversation », c’est ainsi qu’il l’avait appelée. Mais, comme toujours, il avait usé de son charme pour qu’ils consentent à n’exiger de lui qu’une visite hebdomadaire au centre d’information et d’orientation. En privé, il m’avait confié qu’il trouvait ce centre très amusant. Il ne voulait pas d’un emploi parce qu’il ne voulait pas être aspiré par la routine. C’était un homme intelligent, qui considérait que la plupart des offres étaient indignes de lui. Alors il partageait son temps entre la lecture de livres dans son salon minable ou dans la bibliothèque minable au bout de sa rue (à hauteur des feux de signalisation défectueux).

J’appuyai sur la sonnette blanche et j’attendis, face à la demeure victorienne en train de s’effriter, transformée en sordides petits appartements environ dix ans auparavant par un certain M. Singh et fils. En toute honnêteté, lorsque Michael avait emménagé, les appartements n’étaient pas si sordides. Apparemment, les locataires allaient et venaient, exception faite de Michael et d’une certaine Mme O’Rafferty, qui était presque totalement aveugle et aussi sourde que le proverbial pot. L’interphone retentit et je poussai la porte pour l’ouvrir puis montai les marches faiblement éclairées quatre à quatre jusqu’au premier étage où se trouvait l’appartement de Michael.

Il était incroyablement heureux de me voir. C’en était presque embarrassant.

« Entre, entre, Phil. » Mais il disparut immédiatement dans sa chambre. « J’arrive dans une minute, entre, assieds-toi. »

L’air de la sombre pièce à vivre était lourd d’une odeur étrange. Après quelques instants, il entra dans la pièce en sifflant joyeusement. Je m’étais assis avec précaution dans un vieux fauteuil froissé – celui qu’il convoitait. Il avait en effet l’air agité quand son regard a croisé le mien. Mais ensuite j’entrevis les bandages sur ses mains. « Un petit accident, je me suis brûlé en faisant la cuisine », a-t-il commencé à expliquer.

« Est-ce que c’est grave ? »

Il secoua la tête.

« Tu aurais dû me le dire ; tu aurais dû en parler. Est-ce que tu as dû aller à l’hôpital ? »

« Oh que oui », répondit-il avec un grand sourire.

« Est-ce que c’est pour ça que… »

Son sourire s’est élargi.

« Est-ce que c’est pour ça que… » Je voulais faire référence à son absence prolongée mais peu importait.

« Des infirmières géniales » dit-il. « Et ce service… »

Je le regardai, surpris. « Mais tu détestes les services de santé », ai-je protesté.

Mais tout ce qu’il fit, ce fut me sourire davantage.

« Tu t’en sors bien ? »

« Eh bien… »

« Tu as quelqu’un pour t’aider ? », même si je savais bien que ce n’était pas le cas.

« Non, pas vraiment, j’ai une nouvelle voisine du dessus qui est passée… »

« L’accident est arrivé quand ? »

« Il y a quelques jours. »

« Alors c’est une chance que je sois venu », dis-je doucement.

« Eh bien… oui », admit-il.

« Est-ce que tu arrives à… à t’occuper de toi, je veux dire, tu peux te laver ? » lui demandai-je bêtement.

« Pas très bien. J’arrive à tenir le gant de toilette, mais c’est difficile. Et je n’ai pas beaucoup mangé depuis l’accident non plus. Seulement un peu de soupe que Mme Gee, la voisine du dessus, m’avait préparée. »

Et c’est comme ça que tout a commencé. En voyant ces yeux chaleureux et rieurs – maintenant débarrassés du sourire cynique qui les entachait – j’ai fait tout ce qu’il voulait. Je lui ai fait à manger séance tenante. Je l’ai nourri… eh bien comme un bébé. Et je lui ai donné à boire comme à un bébé également. Et je l’ai même aidé lorsqu’il est allé aux toilettes. Je lui ai même essuyé le derrière. D’accord, j’avais un enfant, mais ça, c’était le derrière d’un homme mûr. Je n’ai pas apprécié de le faire. Il avait besoin d’un bain. Je le lui ai donné. J’ai fait tout ce qu’il me demandait et même plus. Il ne s’est pas plaint, ni mis en colère. Il parlait seulement de mon petit garçon et de l’innocence propre à tous les bébés.

J’allais le voir après le travail pendant toute une semaine.

« Tu sors encore ? » m’interrogea Helen. Elle criait. Elle allait rester seule avec le bébé, qui pleurait et qui devait être changé.

« Il n’a personne d’autre. »

« Tu passes plus de temps avec lui qu’avec moi et le bébé.

« Il n’y en a plus pour longtemps. »

« Tu ne vois pas qu’il – je ne sais pas – qu’il te manipule ? »

« C’est ce que tu penses ? » répliquai-je, énervé.

« Je le sais. »

« Il a eu un mauvais accident. Je suis le seul à pouvoir l’aider » et en disant ça j’en voulais à a mystérieuse Mme Gee de ne lui apporter qu’une aide occasionnelle.

« Bien sûr », cracha-t-elle.

Il m’était difficile d’aller travailler et de rentrer en vitesse à la maison pour retrouver une compagne pleine de ressentiment et un bébé à l’affût de la moindre attention, et ensuite, de me précipiter sans prendre le temps de manger pour subvenir aux besoins de Michael. Mais il fallait bien que quelqu’un s’en charge. Je n’arrivais vraiment pas à comprendre l’attitude d’Helen. Les bandages de Michael restèrent en place plus longtemps que je ne l’avais imaginé. Et j’ai fini par me lasser de fourrer de la nourriture entre ses lèvres affamées et graisseuses, cuillère après cuillère. Je commençais vraiment à en avoir assez du filet de bave qui coulait de ses lèvres sur son menton. Mais son regard était constamment verrouillé sur le mien et semblait m’aspirer, m’attirer dans cet appartement miteux aux recoins sombres. Je pouvais à peine encore l’aider à prendre son bain et à se brosser les dents. Par-dessus tout, je détestais l’emmener aux toilettes et rester derrière la porte et entendre tout alors qu’il faisait ses petites affaires. Et pourtant Michael connaissait un bonheur presque total. Il n’était plus l’homme amer que j’avais connu. Il ne songeait plus qu’à la beauté d’être vierge de toute connaissance et de tout mal. Et c’était tout ce qui restait de son ancienne personnalité cynique.

Au bout de deux semaines et demie, les choses devinrent tendues entre Helen et moi.

« Helen, tu n’es pas raisonnable. »

« Moi, je ne suis pas raisonnable ? »

« Qu’est-ce que je devrais faire ? »

« Occupe-toi de ton propre enfant et non de ce grand bébé… »

Alors je suis allé le voir pour lui dire que j’en avais assez. Que je ne pouvais plus passer tout mon temps à m’occuper de lui ; que j’avais une famille – ce qu’il savait déjà, bien sûr. Et je voulais des preuves de la guérison de ses mains – ou plutôt de leur non guérison, comme il le prétendait.

« Entre, entre » me lança-t-il. « C’est ouvert. Je suis aux toilettes. J’ai besoin de ton aide, Phil. »

Alors je l’aidai.

Nous parlâmes dans la pénombre de la pièce à vivre.

« Tu sais, je crois qu’on peut retirer les bandages de tes mains maintenant… »

« Non, Phil, pas encore – j’ai encore tellement mal. »

« Laisse-moi voir… »

« Non, Phil. »

« Allez », et je lui pris les mains assez brutalement.

« Tu me fais mal… » ’

« Arrête de faire le bébé… »

Et il se mit à pleurer. Il pleurait si fort. Je dus le consoler. Mais il ne s’arrêtait pas. Je dus passer mes bras autour de lui et le serrer contre ma poitrine. « Là, là » roucoulai-je.

Il agitait les bras dans tous les sens.

Et puis il s’endormit.

Il s’endormit sur moi. J’avais prévu de rentrer chez moi avec Helen et mon fils. Mais il s’endormit d’un coup et son visage respirait la sérénité. L’innocence. Comme un bébé. Il était un bébé.

Et je défis les bandages de ses mains.

Il n’y avait aucune marque. Pas une seule. Pas une seule marque sur ses mains. Il avait des mains douces comme celles de mon fils. Et pourtant, je n’arrivais pas à lui en vouloir. Je ne pouvais pas. Je croisai ses mains sur son ventre et je l’installai sur le fauteuil comme il aimait le faire. Je regardai son visage ; un léger sourire étirait ses lèvres. Je n’arrivais pas à lui en vouloir.

Je rentrai chez moi à pied, hébété. Les choses avaient sérieusement dérapé. Je repensai au rêve de Michael. Je repensai aux visages qui se pressaient contre la peau du fruit géant. Je repensai à son corps enroulé autour de la chair du fruit qui avait éclaté sous lui. Je repensai à la grossesse longue et difficile d’Helen. Je repensai à notre mignon petit garçon.

Et, vous savez, d’une certaine façon, tout cela aurait pu finir comme ça. Mais ce n’est pas le cas.

En retournant le voir, je tombai sur Helen. Le bébé pleurait. Mais il fallait simplement que je revoie Michael pour essayer de comprendre. Et je ne pouvais pas m’empêcher de rire (même si les mots amers d’Helen résonnaient encore en moi) quand je repensais à l’ancien Michael. À ses aversions. À ses aversions grandioses et passionnées.

La porte de la demeure décrépite s’ouvrit dans un vrombissement.

Il me fallut attendre un certain temps avant que la porte de son appartement s’ouvre. Je pouvais l’entendre farfouiller.

« Allez, Michael, assez joué. »

« J’essaie. »

« Allez, dépêche-toi », lui dis-je durement.

Lorsque la porte s’ouvrit, je fus à la fois choqué, surpris et énervé de voir les bandages dépasser de la manche de son cardigan.

« Michael, ça suffit », lui dis-je. « C’est terminé. »

« Viens, s’il te plait », me pressa-t-il. Sa voix avait quelque chose de différent. Elle avait comme une qualité que je n’avais encore jamais saisie. Une espèce d’humilité.

« Il faut que ça s’arrête, Michael », lui dis-je doucement.

« Quoi ? »

« Essaie d’être sérieux… »

« Mais je le suis, Phil… »

« Retire tes bandages, Michael. »

« Mais… »

« Retire-les ». J’ai haussé le ton. La colère m’envahissait. Enfin. « Retire-les. »

« Mais… »

« Retire-les. »

Et il le fit.

Jouait-il la comédie alors qu’il ôtait ces bouts de tissu sales et apparemment ensanglantés, en serrant les dents et en roulant la tête ?

Je vomis. Je pleurais. Comme un bébé. J’étais muet, abasourdi.

Le bout de ses doigts, tranchés, entaillés et gravement brûlés, pendaient lamentablement sous mes yeux.

Pendant longtemps, je gardai la tête dans mes mains. Je me balançais d’avant en arrière. Maintenant, il avait peur. Il était paniqué. Je pouvais l’entendre m’appeler depuis la salle de bains. Est-ce que je pouvais l’essuyer ? Est-ce que je pouvais l’essuyer ? Il avait besoin de moi. Mais…

Je refermai la porte d’un coup de pied.

Je partis.

Je le laissai alors qu’il m’appelait. Il m’appelait. Il était seul.

Et je rentrai à pied à la maison, avec Helen et notre fils.

Et là, je pleurai, blotti contre la poitrine d’Helen. Mais quand notre bébé requis de l’attention, je redressai doucement la tête et, avec des paroles apaisantes, je défis ses tout petits vêtements et détachai sa couche.

Mon bébé plongea son regard dans celui de son père, et je souris.

By Tim Bragg

Translated by Marie Moulene

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Sombre Maison by Tim Bragg

Nous avons rendu visite à ma Tante Mathilde et mon Oncle Sébastien pendant l’été précédant mon entrée au lycée. Tout le monde s’agitait autour de moi. Surtout Maman. Tout le monde s’inquiétait pour des choses qui n’en valaient pas la peine. Je n’attachais pas grande importance à mon uniforme, mais je me demandais vraiment comment serait la vie au lycée.

Il est vrai que je ne savais pas exactement où j’allais en France. Mais je savais qu’il ferait encore plus chaud que tout ce que j’avais pu connaître en Angleterre. Je m’attendais à la chaleur des vacances en Espagne qu’on ne m’avait jamais accordées. Pourquoi n’étions-nous jamais allés rendre visite à mon Oncle et ma Tante auparavant ? Était-ce lié à la mort de l’un de mes Grands-parents français ? Mais cela faisait déjà un mois et j’étais restée en Angleterre avec mon grand frère qui détestait s’occuper de moi. J’imagine que c’est un frère normal – Dieu merci, il ne me ressemble pas du tout… À l’époque, mes parents avaient beaucoup râlé avant de partir. Maintenant, ils semblaient si calmes.

Les arbres étaient moins hauts et la végétation plus claire entre les nombreuses zones où la terre marron et orange était nue. Je savais que c’était spécial de me trouver là, dans ce pays étranger où j’avais de la famille. C’était la première fois que j’allais à l’étranger et tout m’enthousiasmait. La présentation des passeports, le ferry, tout. La mer brillait d’un bleu tellement profond – une couleur si exotique pour la Manche. Oui, j’étais si enthousiaste que mes parents se moquaient de moi : ils pensaient que j’avais une imagination débordante et me le disaient. J’étais connue pour mes histoires, après tout. J’aurais même pu inventer des contes narrant « comment j’ai été trouvée dans un panier dérivant sur une rivière large et profonde ». Bien sûr, je n’avais absolument pas été « trouvée ».

La mer brillait d’un bleu profond et on voyait la crête des vagues se briser, même en plein milieu de la Manche. La brise marine agitait mes cheveux. Et j’étais ravie que les épingles placées avec soin par ma Mère soient tombées et que mes cheveux cascadent librement. Des gens me remarquaient ; pas les garçons, mais les hommes plus âgés. Oui, j’étais curieuse, mais naïve et il m’a fallu du temps pour grandir et comprendre. Mais je les ai vécu en moins de temps que cela, ces années. Maintenant, je m’en souviens et je repense à cette jeune fille avec un brin de nostalgie. Car, à cette époque, mon innocence était si sincère.

En France, j’étais comme un beau cheval laissé en liberté. Les gens parlaient différemment. Bien sûr, je le savais déjà, mais je n’en avais jamais fait l’expérience, en réalité car savoir est une chose, mais vivre en est une autre. L’air avait une autre odeur, les garçons avaient une allure étrange et les maisons étaient bizarres, comparées à celles en Angleterre. J’avais l’impression que ma vie commençait à nouveau. Je ne me sentais pas du tout opprimée, pas du tout menacée. Je vivais simplement ma vie.

Le trajet en voiture jusqu’à la villa de l’Oncle et la Tante que je n’avais jamais vus (sauf sur quelques photos jaunies) me sembla durer une éternité. Je sais que j’ai sûrement agacé mes parents, je le savais déjà à ce moment-là car je n’étais pas stupide. Oui, j’aimais regarder les champs qui défilaient, les voitures avec leurs étranges plaques d’immatriculation et le fait qu’elles roulaient du mauvais côté de la route. Tout me passionnait mais c’était trop long. Mon frère n’avait pas eu le droit de venir et j’en étais ravie – mais je savais aussi que mes parents étaient tristes. Est-ce qu’ils étaient encore tristes à cause de ma Grand-mère française ?

Nous avons tourné dans une route poussiéreuse et, après s’être trompé de chemin à nouveau et après que mon Père a commencé à jurer – ce qui a contrarié ma Mère, nous sommes descendus de voiture devant la villa. On n’entendait pas un bruit et rien ne bougeait. Je suppose qu’ils devaient nous attendre. Les tuiles du toit brûlaient sous la chaleur ardente de la fin d’après-midi, j’avais la gorge sèche. Les ombres s’allongeaient au pied du bâtiment et des arbres massifs alentour. La villa était comme une oasis.

Les gloussements des poules à proximité et au loin, les gémissements d’une moto rompaient le silence. Je me rappelle de ce sentiment de solitude ; peut-être n’aurais-je pas dit la même chose alors, mais je sentais vraiment quelque chose au plus profond de moi. Papa gravit les marches du perron et frappa lourdement à la porte. Le son résonna dans l’air et sembla soulever la poussière de l’allée. D’une certaine façon, cela me faisait penser à ces westerns américains à l’eau de rose que j’avais dû regarder – en silence également.

On a frappé à la porte de nouveau et j’ai lu la tension sur le visage de Maman. Le soleil séchait la sueur sur ma nuque mais je suais un peu plus à chacun de mes mouvements. J’avais si soif. Là-haut, le ciel était éclatant – plus bleu que la mer – et apparemment si proche de moi, heureusement une brise légère venait taquiner l’eau qui perlait sur ma peau.

Enfin, la porte s’est ouverte et j’ai vu Tante Mathilde pour la première fois. Elle a crié quelques mots en français que je n’ai pas vraiment compris en dehors de « Bonsoir, bonsoir ». Ma Mère, qui était restée dans la voiture, en est sortie et l’a embrassée de cette manière française si dégoûtante. Je sais que certaines personnes apprécient ce genre de façons mais ce n’était certainement pas mon cas. Papa m’a présentée et j’ai su que je devais me tenir bien droite, réservée, les mains derrière le dos. Un peu chancelante, j’ai affiché un sourire forcé. Tante Mathilde nous a fait entrer rapidement, comme si la chaleur allait nous griller. Les ombres s’étaient allongées – c’était « bonsoir », pas « bonjour » – mais l’air était toujours étouffant.

C’est de l’obscurité qui régnait là-bas que je me souviens. Tous les volets étaient clos. Et il y avait tellement de fouillis partout – je savais que Maman serait déboussolée ; elle détestait vraiment le fouillis. C’était bizarre et d’abord merveilleux pour moi. Mais j’ai dû cligner plusieurs fois des yeux, juste pour voir. Dans un coin de la pièce principale, comme à l’affût, j’ai vu mon Oncle. Mon Oncle est sorti de l’ombre et paraissait content de lui-même quand il nous a serré la main. Il parlait en français à ma Mère, qui le comprenait parfaitement. Je ne l’avais jamais considérée comme Française auparavant – c’était étrange de l’entendre parler ainsi. Bien sûr, nous parlions parfois français à la maison, mais tout cela semblait si irréel, si convenu, si faux en fait. Cela me déconcertait d’une certaine manière de l’entendre parler comme ça maintenant. Même au téléphone, cela ne semblait même pas réel. Mais maintenant…

Mon Oncle s’est penché vers moi et m’a dévisagée. Ce n’était pas affectueux. On ne peut pas être dévisagé affectueusement, j’imagine. Il se pencha pour m’embrasser et j’ai pu voir la texture de sa peau et sentir l’arôme de son haleine – était-ce ainsi que les Français sentaient ? Je me suis rejetée en arrière et il a ri. Il riait beaucoup, mon Oncle. Mais il ne riait pas quand on pouvait s’y attendre. J’ai appris cela. Seulement quand on s’y attendait le moins, il riait. Dès le début, je ne lui faisais pas confiance ; autant le savoir. Et bien sûr, j’avais raison de ne pas le faire. Je devais être une enfant sensible pour ressentir tout cela si tôt. Je ne pouvais pas mettre de mots là-dessus, juste le ressentir. Mon Oncle semblait scruter mon âme.

Personne n’allumait les lumières principales, de sorte que la maison était toujours dans une sorte de pénombre inquiétante. Ils avaient également deux énormes chiens qui sont sortis de quelque part et ont sauté sur moi pour me lécher avec leurs langues dégoûtantes et leur haleine chargée. Personne ne leur a demandé de cesser, ou bien sans le vouloir vraiment. Tout le monde a ri quand j’ai ôté la poussière de ma robe. Quel est l’intérêt de me faire porter des vêtements propres si c’est pour en rire quand ils sont chiffonnés ? Après tout, ce n’est pas moi qui avais voulu mettre une robe. Mais j’avais atteint l’âge difficile apparemment. Pour moi, il n’était pas tant difficile qu’effrayant.

Mon Oncle se regardait constamment dans le miroir ; cela embarrassait visiblement mes parents. Au beau milieu d’une conversation ou pendant un repas, il se levait tout simplement et se dirigeait vers le miroir pour se regarder dans la lumière sombre. C’est-à-dire que le miroir était crasseux lui aussi. Un désordre absolu régnait sur cet endroit. Mais il y avait au moins une grande chambre pour moi et une lampe à gaz pour la nuit ainsi que des bougies. Soit il se regardait dans l’un des miroirs poussiéreux, soit il me jetait des regards en coin pour me dévisager ; je suis sûre qu’il le faisait. Bien sûr, maintenant, je sais pourquoi. Maintenant, je sais tout.

Papa et mon Oncle se sont saoulés avec le vin et, même si je savais que Papa n’était pas du tout détendu, le vin semblait le calmer assez pour le rendre stupide. Tante Mathilde et Maman ont fait la vaisselle en discutant en français mais je savais que Maman non plus n’était pas vraiment heureuse. Je ne savais pas pourquoi j’étais là.

Quand l’heure est arrivée où je devais aller au lit, on m’a guidée à l’étage jusqu’à la chambre, on m’a montré comment utiliser la lampe et Tante Mathilde m’a même donnée une chose dégoûtante à « utiliser » en cas de besoin pendant la nuit. Où se trouvaient les toilettes ? ai-je demandé à Maman, mais elle a éclaté de rire. J’étais sérieuse. Ne voyaient-ils pas ce qui m’arrivait ? J’allais rentrer au lycée après les vacances.

Au milieu de la nuit, j’ai baissé la lumière et posé le livre que j’étais en train de lire. Avec au moins une oreille, j’avais écouté en même temps les conversations montant du rez-de-chaussée. Il y avait les cris de mon Oncle et de Papa, je ne sais pas si c’était de l’anglais ou du français, ou bien les deux, et il y avait les murmures de Maman et de ma Tante.

Les conversations, tantôt hautes, tantôt basses, me tenaient compagnie, ne me laissant pas penser vraiment à l’endroit où j’étais. Avec la petite flamme de la lampe, j’ai allumé quelques bougies pour m’amuser. C’était probablement une chose stupide à faire parce que la lueur des bougies ne fait qu’enflammer l’imagination, et surtout cette sorte de sombre imagination dont on préfèrerait se passer dans un endroit pareil. L’un des chiens a même poussé un hurlement à l’extérieur, lugubre à souhait.

C’était apparemment mon habitude que de me faire peur ainsi et de regarder les ombres danser là-bas. Dehors, les insectes faisaient des sons étranges et les chiens tiraient sur leur laisse d’une manière effrayante. Il était trop tard pour me pelotonner sous le drap et oublier ces idées. Les conversations avaient cessé et le bruit de la chasse d’eau s’en est allé avec les chuintements dans les tuyaux. La maison était retournée à un silence primitif. Les volets étaient fermés dans ma chambre comme dans toutes les autres pièces. Allongée dans mon lit, j’ai essayé de couper court aux images de monstres et de créatures qui tournaient incessamment dans ma tête. J’ai tenté de me rappeler que j’allais entrer au lycée après les vacances et que j’étais trop vieille pour penser des choses aussi stupides. Mais à chaque fois, j’étais plus certaine qu’un de ces chiens allait se lever et marcher, faire quelque chose qui ferait trainer cette horrible chaîne derrière lui comme un fantôme errant dans la nuit. Ou bien il y avait un grattement provenant de quelque part et j’imaginais que c’était un rat en liberté.

Les bougies brûlaient régulièrement et j’étais toujours tout à fait éveillée. Les ombres sont devenues des formes, des créatures grotesques, et j’ai maudit ma folle imagination. Mais rien ne m’avait vraiment fait bondir jusqu’à ce moment. C’est-à-dire jusqu’à ce que j’entende les escaliers craquer. Cela a résonné dans toute la maison. Puis la porte de ma chambre commença à s’ouvrir lentement, accompagnée du crissement de la poignée de porte. Complètement tétanisée, j’étais aussi immobile qu’un cadavre dans mon lit. La porte s’est ouverte un peu plus et mon Oncle est apparu dans l’entrebâillement. Il a chuchoté quelque chose en français et a esquissé un sourire alors qu’il se dirigeait vers moi. J’étais trop terrorisée pour ouvrir la bouche.

Comme il s’approchait de l’endroit où j’étais, il a trébuché et s’est rattrapé en posant sa main en haut du léger drap qui me couvrait. Je pouvais voir ses yeux étinceler comme ceux d’un écolier dissipé, bien qu’il ait retiré son bras assez rapidement. Puis il est venu à côté de moi et je pouvais sentir de là l’odeur du vin, qui s’est faite plus forte quand il a placé sa main sur mon front et écarté une mèche de cheveux. Son ombre se projetait derrière lui comme celle d’un vampire alors qu’il se s’inclinait vers moi et murmurait quelque chose à hauteur de ma joue. Je ne pouvais pas bouger. Mon cœur battait à cent à l’heure ou bien ne battait pas du tout. Ses lèvres se sont avancées vers moi et j’ai eu juste la force de me détourner un peu quand il a déposé un baiser sur ma peau. Sa main a effleuré mon front de nouveau, puis il est parti – un géant lourd et maladroit bondissant hors de la chambre.

L’une des bougies s’est éteinte. Je n’étais pas sûre de savoir quoi faire. Je pouvais encore sentir son haleine fétide. Aurais-je dû réveiller Maman et Papa ? Que leur aurais-je dit? Les aboiements d’un chien et d’autres cliquètements de chaîne ont retenti au moment précis où la dernière bougie s’est consumée et éteinte. Seul le sifflement de la lampe à gaz perdurait quand j’ai entendu une porte se fermer au rez-de-chaussée et des murmures que j’ai attribués à mon Oncle. Je ne pouvais tout simplement pas bouger et j’ai remarqué qu’il n’avait pas complètement fermé la porte derrière lui.

Il n’y a rien à dire pour ma défense, moi qui suis restée étendue si passivement et qui n’ai rien fait. Il y avait beaucoup de choses troublantes dans mon esprit. C’était un nouveau pays, une nouvelle maison, les insectes bourdonnaient à l’extérieur et passaient entre les volets en acier. Le noir enveloppait les coins sombres et aveugles de la pièce. C’est avec l’esprit agité que j’ai finalement éteint la lampe et me suis glissée dans mon lit, rabattant la couverture sur mon visage et ma tête. Je me sentais lâche dans cet endroit. Je me sentais comme une enfant.

Il n’y a pas de mot pour exprimer ce sentiment, cette terreur qui me surprit au moment où je me suis éveillée du répit bienfaiteur du sommeil. De nouveau, j’ai entendu les craquements de l’escalier. La porte s’est ouverte lentement et son chuintement sur le sol ressemblait aux palpitations de mon cœur. J’ai entendu le bruit étouffé de pas feutrés. Mon Dieu. Pourquoi n’arrivais-je pas à crier ? Qu’allait-il faire maintenant, cet homme à l’haleine chargée ? Le contact de ses lèvres brûlait encore ma joue et je pouvais le sentir tout près à nouveau. Pourquoi n’arrivais-je pas à crier ?

J’entendais le bruit d’une respiration haletante et à travers le drap fin je pouvais sentir l’odeur fétide de son haleine. Mon Dieu, mon bras était exposé, j’avais laissé un bras en dehors des draps et il s’était changé en pierre. Qu’allait-il faire cette fois, maintenant que je lui avais donné mon consentement en ne me précipitant pas vers mes parents ? Personne ne comprendrait… Je pouvais sentir un contact humide contre mon bras, là, dans cette pièce noire, sombre, aveugle. Je pouvais sentir l’affreux, l’horrible contact de ses lèvres. Puis, comme animée par quelque chose de primitif, quelque chose que je ne pouvais décrire alors ni même maintenant, j’ai repoussé les draps et les ai jetés sur le côté, tout en me redressant et en forçant l’air à entrer dans mes poumons, prête à crier. Et puis…

Et puis je l’ai vu là. Dans le noir et l’obscurité, j’ai vu le terrible monstre que je pensais prêt à me violer, à m’emporter dans un abominable Enfer de dépravation sexuelle. La truffe du chien a poussé mon bras et les yeux de la bête ont brillé sombrement dans l’obscurité  de la pièce. Je ne distinguais presque rien, mais l’haleine du chien le trahissait et il mourait d’envie que j’étende l’autre bras pour toucher son poil soyeux. Quelle idiote j’avais été.

Le matin suivant, les yeux de mon Oncle étincelaient comme s’il me défiait de révéler son méfait de la nuit précédente.  Je n’allais le dire à personne. Je n’allais faire savoir à personne que j’avais été trop effrayée pour dire quoi que ce soit. Je n’ai rien dit à propos du chien non plus.

Il y avait comme une tension grandissante dans la maison, que je ressentais dans toute ma jeune chair et mes os. La nuit suivante, j’ai cru entendre mon Oncle rôder dans la maison à nouveau, mais il semblait rester au rez-de-chaussée. Pendant tout notre séjour, il a ri compulsivement et s’est regardé fixement dans les sombres miroirs de cette sombre maison. Je l’ai surpris plusieurs fois en train de me regarder fixement. Cela semblait si cruel, cette façon de me détailler des pieds à la tête. J’avais atteint un certain âge – incertain.

Il est revenu dans ma chambre la nuit précédente notre départ et m’a embrassée de la même façon. Cette fois, c’est un français que je n’ai pas pu déchiffrer qui est sorti de ses lèvres d’ivrogne. Comme j’aimerais me rappeler ces mots maintenant ! Aucun chien n’est venu me rendre visite après lui.

Le matin suivant, mon Oncle était en train de se regarder dans le miroir quand j’ai ouvert la porte d’entrée et suis sortie dans le soleil. Il a souri à son reflet, à moins que ce ne soit à moi ? Je lui ai jeté un regard noir. Dehors, le soleil commençait sa constante ascension. Des poulets traversaient le jardin poussiéreux en courant et des ombres commençaient à se former. Je pouvais voir l’endroit où les chiens étaient enchainés. Tout en brossant les miettes tombées sur le jean que j’avais mis, je suis partie me promener le long de l’allée. De la sueur commençait à se former sur ma nuque et j’ai souhaité à cet instant ne plus jamais avoir de pensée infantiles à l’avenir. La rentrée du lycée n’était que dans quelques jours. Nous serions en Angleterre demain.

Personne ne parla beaucoup au début sur le chemin du retour. Je pouvais encore sentir le baiser de mon Oncle brûler mes lèvres avant notre départ. À mesure que la tension semblait se dissiper, il y eut beaucoup de larmes. Nous étions une famille à nouveau. Et c’est de cette manière que cela aurait pu simplement se terminer.

Durant la seconde année que j’ai passée dans ma nouvelle école, j’ai appris qu’Oncle Sébastien était mort d’une crise cardiaque ; il n’était pas vieux. J’ai aussi appris à ce moment-là qu’il était mon Père biologique. J’ai appris que la fille qui était tombée enceinte l’avait laissé, tout simplement, « avec le bébé dans les bras », comment il avait essayé de s’en sortir mais avait échoué. Comment il avait « changé ». J’ai appris comment ma Grand-mère française avait pris l’enfant, moi, et s’était ensuite arrangée pour que ma Mère l’adopte. Je savais que j’avais été adoptée, mais qu’en avais-je à faire ? J’étais un bébé. Ils étaient mes parents comme d’autres auraient pu l’être – meilleurs que la plupart. Et j’avais appris que mon oncle souhait me voir avant que je ne « change » comme il disait. Tante Mathilde était restée en contact avec ma Mère. Ma Tante était comme une Mère pour mon « Oncle » – c’est-à-dire pour mon vrai Père. Je n’ai jamais appris quoi que ce soit à propos de ma vraie Mère ; cette fille avait disparu. La mort de ma « Grand-mère » française avait décidé mon « Oncle » à devenir mon Père une dernière fois. Et pour la première fois, j’ai compris ce que ma Mère avait perdu et pourquoi elle se sentait parfois tellement déconnectée.

Alors, en fait, je suis Française de A jusqu’à Z et non pas seulement en théorie du côté de ma Mère. Je n’ai même pas pleuré quand j’ai appris tout cela – pas avant des années. Mais maintenant, quand j’y repense, je comprends pourquoi ce voyage en France était si particulier et si mémorable. Mon Père au moins avait pu voir son enfant au moment où elle devenait une femme, ce qui m’est arrivé peu de temps après. Et j’ai changé plus que cela encore ; j’ai grandi aussi bien physiquement que spirituellement, mais j’ai juste eu besoin de quelques années de plus pour m’en apercevoir.

Quelque part en France, j’imagine ma Mère biologique en train de vivre sa vie. Mais ma vraie Mère vit en Angleterre. Tante Mathilde m’écrit de sa nouvelle maison. Et je vais souvent en France avec mes enfants ; ce sont des filles et elles aussi grandissent vite. J’attends qu’elles « changent » et deviennent des femmes pour leur parler de mes premières vacances en France et de tout ce qui concerne la sombre maison dans cette campagne chaude et lointaine.

Translated by Marie Moulene

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Body, Mind, Spirit & Time Part 2

There are people who claim to have had “Near Death Experiences” – though what exactly can “near” mean? How “near” can one get to death? Is a miss as good as a mile – or is there a subtle connection between life and death? In these NDEs (as they are known) some folk report classical ideas of Heaven/Paradise and others Hell! The interesting consequence of research into NDEs is the seeming ability of consciousness to leave the body. But first – regarding Heaven and Hell.

If we take these NDEs seriously (and they certainly seem to have deeply affected those who have experienced them) then I am bound to ask: has GOD decided who goes to Hell and who to Heaven? And if God has decided how is it possible to draw such a distinct line – such a black and white JUDGEMENT? It would be interesting to know from those who have had NDEs if they considered themselves “worthy” of Heaven or Hell. Had something inextricably put them in one or other “place” – or maybe it was the lack of something?!

Is there no nuance, no shade to JUDGEMENT!? Okay – you this way – you that way. You have been 51% “good” – Heaven for you. You have been 51% “bad” Hell for you! Can the judgement of God be so unsubtle?!
Therefore one asks – are the experiences authentic? And: does it matter? Well if they ARE authentic – this should get us thinking very seriously about where we’re headed – and it DOES matter because either the experience is real or there is something very peculiar happening in the mind when it is “close” to death.

Maybe what matters is that consciousness “seems” to be able to leave the confines of the body/brain. People have been able to give graphic recollection of surgical procedure and also identify things seemingly impossible for them to do – as they have been lying unconscious on an operating table! How could they know that a trainer (sport’s shoe) is lying on the roof of a particular hospital building they have never previously been to? This is the exciting stuff (and hopefully not influenced by human perception or fraud!). Quantum Physics – of which I’m no expert – talks of things being able to be in two different places at the same time or of appearing and disappearing out of or into nothingness (if such a state exists). And the further one goes down and into the minutia of matter then the greater “space” there is between things as if reflecting the universe about us. If things can appear out of nowhere and befuddle conventional thought and science then maybe our
consciousness can leave the body and move and see things without the aid of limbs or eyes?! Science seems to be moving further from neat explanations of this world to uncovering wondrous and startling new facts and existence.

During NDEs in Heaven people experienced young, healthy bodies and could move instantly to a place thought of and there was talk of the non-existence of time – yet there WAS still movement! The blind from birth could see!! Presumably those who had lost limbs had them restored – and thus an IDEAL of the perfect body…Ideal to whom/what?

We interact with this world through our senses – I say “this world” but what other world could I mean? A “world” after death? A perceived world? If the “other world” is the world of mind (thought) then isn’t that formed through our sensory experiences. We also know that our senses are flawed – that the world around us – is to some extent – manufactured by our minds. Our minds can take information our eyes “see” and alter it so that this sight makes sense to us. Or our minds can take our sight and produce something other than what we see because “it” (!) thinks this will make better sense for us. The obvious example here is the hollowed out facemask that on being turned changes to 3D and convex not concave! Because that is the way our minds view faces!!! Even if we lose sight in patches our minds will flesh out the blind spots by taking information around them and making “sense” of them. Do our minds do the seeing and not our eyes!

When we approach death does our mind “see” things pre-ordained by a death mechanism? Do we enter a death realm or an infinite time-less state with a final thought or perception based on our beliefs? So – we are perhaps guided into final thoughts by some mechanism and in this we choose a state we have come to believe in through our life experiences. If we are Christian we may indeed see Jesus as a six-footer with long hair and a beard and enter through the Pearly-Gates into a Heaven where God IS and infuses us with light and love. Maybe another faith guides us into another limitless experience? How many thoughts/ideas can be held for infinity in those dying moments? Could fear and anxiety create a sense of Hell that actually thrusts us into perpetual and classical torment?! (Be careful what you wish for or think – especially at the point of death!!)
NDEs suggest that close to death (or what would once have BEEN death – before modern medicine) we become consciousness only and thus there is no light or matter. Then comes the “light”.

We “see” dead people on the television screen – acting as if they were alive – well they WERE alive! But these are mere reflections. Would these long dead folk retain any sense of who or what they are/were when plunged into timelessness? Maybe post death it is another existence where the body and mind is sharpened and it isn’t the end of the end? Thus – there isn’t infinity or timelessness at all. Just another form of experience before yet another “physical” stage – or the final end of (perceived) timelessness and infinity – SOME PARADOX! If people gain healthy bodies – superior to those on earth perhaps their minds are sharpened too? Can think things beyond our capabilities on this parochial earth…

If we were to go into a classical Heaven – where we are received with love and light and by our family members who have “passed-on” – how far would the interest of our spirit-ancestors go? How many generations back? Would we lose interest in the world we have left (given that we could maintain some sort of contact) – would we greet all our family members forever…or until the last generations before the Earth is vaporised? When would our forefathers’ interest wane in us, or our own interest in our sons’ sons’ sons’ wane? How far would those in Heaven go back? To the earliest humans? Would Heaven cope with the different strands of humanity? The different ideas of men? If the personality were to exist how much would it need to change to cope with being in Heaven? And if none of this is important in Heaven why has it been so important on Earth? Would all religions and philosophies and ideas and prejudices melt away on arrival in Heaven? Would it be Heaven for those
who hold strong beliefs to find their beliefs utterly at odds with existence in Heaven?!

There are said to be more people alive today than have ever lived! Thus more people will die now than at any other time. People living a multitude of different lives – often boring, frustrating, mundane lives – seemingly for no purpose…people dying in absolute (seeming) futility. People of all ages dying and passing into another existence. Who amongst us would cast the sinner into Hell? What would their sin need to be? How can we judge another – “let him with no sin cast the first stone”. But God (if existing) seems to have the power of judgement if Heaven and Hell do exist. SOMETHING would cast us one way or another. Perhaps only we – deep down – know the answer.

If we are “lucky” enough to enter Heaven (of course there is NO luck involved we hope) – then as we become sharpened in mind – bereft of prejudices; bereft of many things! Perhaps enlightened in many things – and as we think ourselves to places (in an instant thought!) time may become as time in our minds…not linear time but stream-of-consciousness time. Maybe if Heaven has got “time” then it is the time of our very own perceptions. Maybe Heaven (or Hell) itself might be our very own perception. How else would the diversity of thought within a myriad people co-exist in a state where personalities still exist? How long could a personality exist and remain connected to its earthly personality? Would infinity dilute personality out of existence?! And if our personalities change – then who, exactly, are “we”?

How close to SPIRIT is personality? What is spirit and where does it reside – how is it connected to “us”? So many folk talk about being “spiritual” but what do they mean? What does it mean to live a spiritual life and from where do they draw their ideas of spirituality?

Everyone who has had an NDE has been changed profoundly. Changed in a way that a dream or a hallucination can’t quite manage to change. Not everyone who has been “near death” has NDEs – or can recall them…why do some recall or have these experiences? Is their a mechanism we all have in our brains that works when the brain perceives imminent death – are our minds simply reacting to this process or driving it? When we enter Heaven or Hell are they of OUR making? Can time exist in another realm – could we exist in a time-less realm?

As I have – finally – been prompted to write a second part to this series (and believe me there have been many false starts! Mainly in my head…) – is there a REASON for me to do this? Is there a REASON for everything we do on this earth? Is there a REASON for our minds to think and our bodies to react or not. Is there ever an end to things? Well, with this question I’m ending this second part! There is so much more to think, to write, to explore – and no certainty of any answers. But the nature of our beings is to explore – isn’t it? And we explore physically and mentally – and spiritually? We certainly can’t remain indifferent to developments in science – especially when science uncovers an aspect of us that may prove to be TRULY enlightening!

Tim Bragg – February 2011

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Fiction: Extracts from the English Dragon

EXTRACTS from The English Dragon
1/
It was the working-class where common sense prevailed. It was the working-class
which rejected political correctness and yet took the brunt of its senseless
dictates. But the working-class was becoming an anachronism. Vast parts of the
country were peopled with those without hope. Stuck in tiny houses clumped in
soul-less estates – wired up to Sky Sport through ugly satellite dishes – men
watched footie and sons bunked off school. Women did the housework and earned
money part-time. Daughters journeyed into granite towns and hung outside
Macdonalds’ burger bars. Spitting with the best of them – tossing cardboard cups
and flaky plastic trays onto dirty pavements. The older generation tutting and
remembering greater hardships faced during and before the last war.
It was the working-class which oiled the communities of the richer peoples
with their electrical skills, their odd-jobbing; their mechanical ability. It
was “underclass” kids who stole and fenced goods; snorted crack and “twocced”
middle-class cars owned by middle-class drivers. It was the working-class that
took the brunt of social engineering. Listened to pale politicians and Sari
wearing social workers as they puffed on cheap cigarettes.

2/
Oliver reserved the first circle for the writers of novels who censored their
own work so not to fall foul of politically-correct editors and publishers. For
the makers of films who dared not shoot with integrity; who satisfied their
masters. For the artists who spoke of freedom of expression and painted,
sculpted, crafted, composed in a mental strait-jacket. All the fey and
faint-hearted artists he would put there…the third circle – always getting
tighter and fouler he put the television presenters who voiced only one point of
view – that of the prevailing all-pervading media-dogma – and the queens of the
Channel 4 chat shows baring white teeth and platitudes.
The underground train stopped and expired through its hissing-lung doors. Lights
and fetid air sucked them in…
Oliver thought about the next circle. Tight. Close. Fleshy. Hot. Putrid.
Full of pain. Peopled it with social-worker busy-bodies who were inflexible. Who
tore apart families not for that family’s benefit but for the dogma of their own
beliefs…
Oliver smiled and listened. He heard the rush of air as the tube slotted
back into a tunnel after breathing outside air for a moment, flooding in light.
Heard the clank of the wheels and their horrific squealing. Felt the buzz of
electricity as it snapped its power into the mechanical worm. Felt this power
invigorate the worm.

3/
Oliver thought about Ben and how in each passing second and minute, with each
passing hour and day he was opening up to an accumulated history of the country.
As he grew he had to take on so much. There was a constant bubbling up of the
past. The sap of history (containing everything that made the present what it
was) flowed through to the present – informed the future. Oliver saw tree after
tree being felled. A vast forest of collective consciousness; a vast woodland of
experience was being chopped and sawn. Vast swathes of forest were being
cleared. And in the clearings concrete was being poured in and shaped into
boxes. “Isn’t that better?” “Isn’t the forest better now that there are boxes
inside it?” “The earth and trees are no different from the concrete boxes.” “The
trees belong to the past.” “Concrete boxes are our future.”

4/
In the late afternoon, before the clocks had been turned back he heard the
jumble of noise reverberating. Heard the “House” music; the rap music; the
drum’n’bass; the soul music; the trash and punk; the new R’n’B; heard laughter
and shouting; scooters revving past; cars with smoky exhausts cruising slowly;
clattering of dustbins and shrieks of children. This was another London. A
London as valid as any other. A London without a voice. A tired and cynical
London. Close to the creep of gentrification. Of the creep of money without
values. No Gentlemen. No gentleness in the painted facades. Oliver pulled up his
collar. It was the first day of Spring. And as he thought this thought a bird
appeared out of nowhere – a blackbird – and briefly sang close by him. It was
only the second Spring his son had ever known.

5/
And it was proved that I was a distraction because by all accounts the trio did
very well that late Saturday morning in Oxford Street. And they did not beg. The
weather was changeable but the rain held off and I was eventually kitted out in
some rather fine baby ware after a short visit to an upmarket “everything one
could possibly want for one’s baby” shop. The exploits of the gang soon bored me
as I became more and more fascinated with the sights of the crowded street. It
appeared that – even for a baby – I had lived a sheltered existence. For I had
never seen so many different types of faces and styles of hair and ranges of
body. There were grey haired grandmothers with studs in their noses; black
skinned girls wearing robes wrapped about them and jewellery draped from every
part of their skin; women with yellowy-brown skin and thin material flapping
behind them or trailing on the spit-flecked pavement; men with ashen faces and
shaven heads (like giant babies); grown
men and women in metal chairs dwarfed by the thrumming crowd; black and white
faces with hats turned back to front and trousers joined at the knees (were they
wearing nappies like me?); men in football shorts with earrings and tattoos;
women with very short skirts and painted on faces; men in sharp suits with hair
like helmets…yes, yes, yes, this all fascinated my growing mind. It is a wonder
I could take it all in. But it was all being taken in. That is the way of minds.

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Book review: The English Dragon by Tim Bragg

English Dragon book cover

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The English Dragon
ISBN 1903313023
Athelney £5.95
Paper – 256 pages

The English Dragon is the story both of loss of innocence and the quest for the meaning of identity. A baby is kidnapped from a railway station in London and his father, Oliver, vows to find him. Part of the narrative is conveyed through the eyes of the baby/toddler – Ben. In the father’s search he is taken from a rural setting into the depths of London – and he continually asks what it means to be English. While handing out leaflets carrying a photograph and details of Ben (and approximate time of abduction), he meets a young man called Adam. Adam is a poet and runaway. Adam has information that will help find the child. The baby, Ben, gets caught up in the kidnap gang’s life. Shoplifting, drug taking and a bizarre appearance on the Harry Hangar Show (surely not a satirical stab at Jerry Springer?) comprise some of these events. As the baby’s story unfolds there is a degree of both horror and humour, with English contemporary culture exposed and often ridiculed.

Oliver, Ben’s father, is lead to the squat where Ben has been taken. Adam seems to have had problems while he lived there. By a twist of fate Adam meets members of the squat, on a bridge over the Thames, as they take Ben into the centre of London. After a brief exchange of insults Adam is thrown from the side of this bridge. The gang, led by Johnny, laugh this off and continue with their fun.

Oliver keeps an all night vigil at the squat and eventually comes face to face with Johnny and the gang as they return with Ben. A fight entails between Johnny and Oliver. Oliver triumphs and later his family are re-united. In the meantime it transpires that the old rectory in the village near where they live is to house asylum-seekers and Oliver’s wife, Rowan, has been asked to teach English. Wishing to agree to this she first asks Oliver’s opinion. He, both emotionally and morally sums up the dilemma of asylum-seekers entering England. Rowan is shown as someone who draws strength from the Romantic Poets. After Ben’s abduction she is left at their small-holding to look after the animals she and Oliver have taken in – and await news re her critically ill father. During the novel, and after visiting the vicar, she goes to an evangelical Christian meeting at the church. This both unnerves and shocks her. During the service “Ben” “talks” to her through one of the congregation “speaking in tongues”.The English Dragon is a daring and radical book. The mere fact that it discusses England and Englishness will probably upset some people – that it also dares to examine political-correctness and modern culture in a fair-minded and open fashion will be enough to slay the beast in the minds of many. For the bolder, stronger reader then The English Dragon might have an extremely sobering effect. This novel challenges.

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